Bon alors il se trouve que je passe un certain temps à écrire des textes variés, même si ce n’est pas mon activité principale. Les textes qui suivent ont été écrits entre il y a vachement longtemps et il y a quelques mois. Ils ne sont pas classés.

Poème fondu instantané

Composé dans l’instant pendant la lecture publique des auteurs invités au festival Vibrations Poétiques, La Rochelle, 2017.
On osera quelques brefs événements sur votre herbe
Faire couler encore le merveilleux
Par la racine le nom de la couleur de la racine
Quelques insectes au cœur blafard de tant de léthargie
Les mystères les cadrans : s’y soumettre
Nous partageons le sens des images à réapprendre
Permission de décortiquer quelque femme immense
Rien semblait sec
Nos bras sur la forme dans ses (...)

Les mains

Bernard-Henri Lévy a des mains délicates aux ongles un peu trop longs et qui ne tremblent pas. Bernard Pivot porte les siennes à ses lèvres mais se ravise aussitôt.
Celles de Maurice Clavel soupèsent des couilles imaginaires qui jurent avec ses imparfaits du subjonctif.

Le vielleux

Sélénet à chanter sur l’air du Leirmann, le dernier des Winterreise de Schubert.
La vie n’est pas rose
Pour Monsieur Schubert
L’été se repose
Voyage l’hiver
Ses vieilles chaussures
Ont des trous béants
Aux mains des engelures
Car il n’a pas d’ gants
Qu’il pleuve ou qu’il neige
Par moins dix degrés
Il fait son solfège
De force ou de gré
Drôle de touriste
Que ce Monsieur là
Sa chanson est triste
Et nous donne froid
L’été se repose
Voyage l’hiver
La vie n’est pas rose
Pour Monsieur (...)

Je ne sais pas prononcer son nom

Je ne sais pas prononcer son nom, à l’anglaise ou à la française. L’intérêt de son nom, c’est qu’il aurait pu être celui de rigoureusement n’importe qui. J’apprendrai plus tard dans sa notice Wikipedia qu’il s’agissait d’un pseudonyme.
L’appartement : 128 mètres carrés au premier étage. Besoin de travaux. Les pièces paraissent étroites et biscornues, mais c’est à cause des livres. Après une demi-heure, incapacité de tracer un plan. Trop concentré sur les objets. Deux pièces sont vides (la chambre et la cuisine), (...)

Au palais

Poème écrit pendant Bruxelles Ba-belle après une visite au Palais de Justice. La contrainte : deux quatrains à rimes embrassées dont les 3 premiers vers ont pour longueur N syllabes, le quatrième comptant N/2 syllabes. De plus, trois des 8 vers ainsi obtenus sont contraints par un mot tiré au sort. Dans mon cas : racines grecques, voix passive, monosyllabes.
La crypte sous le péristyle
Est parcourue de sourds murmures
Qui se réverbèrent aux murs…
Mais que disent-ils ?
Sous la robe ou le pantalon (...)

La ville a des points de suture

Ces deux textes écrits dans les confortables salons de l’ambassade de France à Bruxelles après une visite guidée de Roel Jacobs pendant le festival Bruxelles Ba-belle, sont très proches de la térine, mais une phrase revient telle quelle à chaque tercet.
La ville a des points de suture
Qui font des piqûres d’insecte
De Koekelberg à Anderlecht
Partout l’historien se délecte
La ville a des points de suture
Et de sang le goudron s’humecte
De quelle opération infecte
Les toubibs sont-ils architectes (...)

Vaches

Ceci est une textée à partir du poème Nocturne de Julio Cortázar.
J’imagine tes os blancs et tes yeux tristes
Comme si la guerre mondiale avait été gagnée par des fourmis à tête de chien
Les étoiles étaient-elles éprises de moi au point que nos trajectoires se croisent ?
Sur le dôme des Écrins, l’ombre propre d’un fait-divers
L’échographie a révélé un maillot jaune
Du fond d’un clocher où je me suis jeté je contemple des nuages de fougères
Et j’entends chuter un paralytique
Mon père court autour de la (...)

Mise en évidence de la yasminodaminose comme catalyseur efficace du déclenchement priapique chez un specimen de martinus mâle adulte (résumé)

Texte inspiré par les parodies d’écrits scientifiques de Georges Perec, notamment Cantatrix Sopranica L.
Pr. Granger, chef du service d’urologie à la faculté de médecine de Lille.
Il s’agissait de déterminer l’effet à court terme d’une immersion dans une solution catalytique de yasminodaminose à 100%. Aucun des chercheurs associés à ce laboratoire n’ayant voulu se prêter à l’expérience, nous avons choisi un exemplaire relativement courant de primate supérieur (ou présumé tel pour les besoins de l’expérience) (...)

Deux haïkus pour Ghislaine R.

j’aurais bien voulu
fêter tes trente balais
ça en fait des poils
trente ans c’est à peine
la moitié de la retraite
tu es jeune encore

Histoire du chocolat

Un texte écrit pour les enfants participants à la Chocoteuf de Métalu dans la mairie de Lille.
Le chocolat est une invention assez récente, puisque c’est seulement dans les années 30 qu’un ingénieur hollandais, Benco Van Houten, est parvenu, après de longues années de travail, à obtenir la première plaque de chocolat. C’était une plaque d’environ dix-huit mètres de long sur onze mètres de large qui pesait deux cents tonnes. Elle était constituée d’un mélange de pétrole, de sciure de bois, d’huile, de (...)

Dash poem

Poème généré presque automatiquement à l’aide du logiciel Dasher.
maison, livre de nos pas
faire en moins que tout n’est pas construire une fleur et l’horreur du doux courtisan soleil n’a jamais froidement rien voulu chanter d’amoureux comme le poison nommé nature
j’ai vu parfois de musique la quintessence et le pouvoir. lune damnera ses "trouviens-toi !" morne destin mais courte ordure, bizarre ange plein de chansons, fils caresseur de greniers moitié voisin mais complot infernal front passion.
si (...)

Interview de Raoul G.

J’ai eu la chance de pouvoir interviewer mon fils Raoul juste après sa naissance.
Je vous propose à présent de retrouver le jeune Raoul G., qui vient à l’instant de remporter la spéciale Jeanne de Flandres. Raoul G., vous m’entendez ? Vous avez fait une arrivée très remarquée. Est-ce que vous vous attendiez à cette victoire ?
Je ne dirais pas que c’est une surprise totale, parce que j’ai tout fait pour, j’y croyais vraiment, et je m’étais préparé pendant neuf mois. Mais en même temps, ça c’est passé si (...)

Que met-on dans un coffre-fort ?

Que met-on dans un coffre-fort ?
De l’emmental ou du roquefort ?
de la moutarde ou du raifort ?
des bons des bonbons du Trésor
Que met-on dans un coffre-fort ?
des lingogo des lingots d’or
des parfums de Christian Dior
une photo de Rex ou Médor
Que met-on dans un coffre-fort ?
le caniche ou le labrador
des bidons de graisse de porc
une mâchoire de dinosaure
sa carte vitale ou son passeport
Gaspard Balthazar ou Melchior
un autographe de Nabuchodonosor
il y a pléthore
d’objets (...)

Comme de l’eau de roche

Fifres aptères au suc de camphre
Éludant l’épique apoptose
Maigres stolons patibulaires
Qu’ont ternis nos taxons de sphaigne
S’érige en juge une épithète
Dont le frai pullule au Vimeux
Qui sourdra des siphons salins
Pour ébahir maints proctologues

Lear réduit à ses didascalies

Ceci est en réalité une pièce chorégraphique de William Shakespeare. J’emprunte le principe à Michelle Grangaud, qui avait réduit Britannicus à ses interjections. Simplement, cette fois-ci, je supprime toutes les paroles du Roi Lear.
ACTE I
Scène 1
La grande salle du palais des Rois de Grande-Bretagne.
Entrent KENT, GLOUCESTER et EDMOND.
KENT montrant Edmond
EDMOND s’inclinant
Fanfares.
Entrent Lear, Cornouailles, Albany, Goneril, Régane, Cordélia et les gens du roi.
Sortent Gloucester et (...)

Morale du parapluie

colonne atmosphérique intubation verreuse pression moléculaire argent impétueux centimètre carré réservoir hermétique réceptacle coudé vase communiquant orages désirés nuages pondéreux condensat menaçant réservoir débordant C’est la douche Nous voilà Trempés Jusqu’aux os Toute Résistance

Vannerie

Et rose, elle a vécu ce que vivent les roses Et roseraie, elle a vocalisé ce que vocalisent les roseraies Et rosiériste, elle a vociféré ce que vocifèrent les rosiéristes Et rossinante, elle a voilé ce que voilent les rossinantes Et rotatrice, elle a vu ce que voient les rotatrices Et rôtie, elle a voituré ce que voiturent les rôties Et rôtissoire, elle a volatilisé ce que volatilisent les rôtissoires Et rotrouenge, elle a volé ce que volent les rotrouenges Et roubignole, elle a voligé ce que voligent (...)

Terine de Lille-Sud

Les pelleteuses picorent comme des oiseaux
Elles ont grignoté les biscottes ça laisse un trou sur le plan
Et des taches de gasoil irisées comme des plumes
Avant on ne pouvait pas traverser le quartier sans y laisser de plumes
Fréquemment on rencontrait de drôles d’oiseaux
Qui vous piquaient vos sous et vous laissaient en plan
Depuis, les urbanistes ont tracé de nouveaux plans
Ils ont trempé dans l’encre sympathique leur plus belle plume
Et sur leurs beaux dessins il y a des enfants et des (...)

Le manchauve-souris

Le manchauve-souris dort la tête en bas. C’est normal, il passe la nuit au pôle sud. Ce n’est qu’au lever du soleil que le manchauve-souris traverse la Manche pour aller chasser les moustiques au pôle nord. Comme il n’a pas de bras, le manchauve-souris tente d’attraper les moustiques avec les pieds. C’est un exercice tellement difficile que le manchauve-souris est aujourd’hui en voie de (...)